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Daniel Lacomme

Daniel Lacomme

118 technique mixte sur papier marouflé sur toile n°592 12M

Daniel Lacomme

127 acrylique sur papier marouflé sur toile n°636 10M

Daniel Lacomme

185 acrylique sur papier marouflé sur toile 80Fn°681

Daniel Lacomme

186.n°678 80F nouvelle toile bleue

Daniel Lacomme
Entretien avec Jean-Yves Jousseaume

Jean-Yves Jousseaume : Une trentaine d’années de peinture, maintenant. Aujourd’hui ton travail, que ce soit sur la toile, sur le papier, en lavis, en gravure donne le sentiment d’un épanouissement . Il donne l’ impression à la fois d’une grande liberté et de rigueur. Comment définirais-tu ta démarche lorsque tu te places devant un support nouveau ?

Daniel Lacomme :  Il y a comme deux niveaux de réalisation dans ma peinture. Un geste initial prend possession de l’espace. Il doit assurer la cohésion de la forme et le dynamisme général. Cependant geste pur et composition doivent se concilier comme les deux termes d’une éternelle dialectique. Dans la lenteur de la réflexion que permet le recul au contraire, il s’agit ensuite de trouver l’équilibre, d’ajouter, soustraire, achever et mener à leur terme les virtualités plastiques qui sont apparues.

J-Y J : Peut-on parler de hasard ?

D L. Oui, mais n’est-ce pas plutôt l’implication totale de soi qui entraîne à la fois la culture et les souvenirs, l’intuition et l’expérience de la matière, le rapport au corps de la gestualité et l’avènement très attendu du sens ? Je recherche des formes nouvelles, pures de toute référence à la figure, au paysage ou à une réalité même suggérée, mais qui aient la richesse et la complexité de formes naturelles.

J-Y J :  Le langage abstrait permet cette multiplicité de lectures.

D L. C’est vrai qu’il n’impose pas une lecture unique, mais un seul rapport d’équilibre entre toutes les lectures possibles est au fond authentique. C’est celui d’un instant de clairvoyance qui préside nécessairement à la conception de la forme.

J-Y J :  On dit de ton travail qu’il est difficile d’accès.

D L. Rien de ce que j’aime aujourd’hui ne s’est donné tout de suite. On doit cultiver je crois, l’intuition que ce que l’on a en face de soi a plus de sens qu’il n’y paraît, comme une profondeur à venir. Une richesse qui se devine d’abord. Il y a aussi la capacité d’attention, difficile à sauver dans le monde actuel, ne serait-ce que le temps du regard.

J-Y J :  Aujourd’hui justement, on place l’originalité comme un critère dominant de qualité. Penses-tu que ton apport est original et nouveau ?

D L. On ne peut pas trouver une expression personnelle en empruntant le langage des autres. Mais si on cherche l’originalité on trouve la mode. On ne devient personnel qu’en investissant sans restriction sa subjectivité. Là où il y a un risque.

J-Y J : Qu’en est-il du risque pris par le peintre ?

D L. On n’a pas le choix entre un travail répétitif et convenu ou remettre en cause à chaque nouvelle création et aller vers l’inconnu. C’est affaire de tempérament. Je ne me mettrais pas au travail sans un affreux sentiment d’ennui si je n’engageais pas ce risque. Il me faut cette dimension de la surprise. Il me faut ce côté aventure, prospective, qui est aussi se surprendre soi-même.

J-Y J : Braque a dit: « La peinture doit recouvrir l’idée » As-tu des idées devant une nouvelle toile blanche ?

D L. L’idée qu ‘il pourrait y avoir était contenue dans la toile précédente. Un « ouverture » qui n’aurait pas été exploitée et qui devient le « sujet » de cette nouvelle toile. Laquelle créera d’autres ouvertures. Mais il ne s’agit pas d’idée en peinture mais plutôt d’une certaine pensée. C’est beaucoup plus ouvert. Mais là les mots sont trop courts, d’où la nécessité et la raison d’être du langage des formes.

J-Y J : Est-ce que tu entends par forme l’enveloppe extérieure de ces idées ou de cette pensée ?

D L. Non. par rapport aux idées ou aux concepts, la forme va au-delà, ou est située plus profond. En tous cas le langage de la forme me semble être ce qu’il y a de plus évolué. Les formes ont leur propre langage. Elles créent leur propre sens, un sens qu’on peut appeler l’esthétique, qui est comme antérieur et qui dépasse ce que l’on voulait faire. Un sens au-delà de l’entendement. Que la beauté soit sans preuves est certainement la chance du peintre.

J-Y J : Ce qui veut dire…

D.L. Ce qui veut dire que si l’on travaille sur l’irrationnel, disons plus simplement dans le domaine de la sensibilité on peut aller plus loin que par la simple volonté ou par l’esprit d’analyse. C’est cette vie pas toujours contrôlable des couleurs, de la matière, de la lumière que l’on créé. On doit mettre en quelque sorte le hasard de son côté.

J-Y J : Mais lorsque l’on travaille sur les noirs, peut-on encore parler de couleur, de forme,de lumière ?

D.L. A mesure que j’avance, je vois davantage le rôle essentiel, souverain de la lumière dans la peinture. L’émergence de la lumière picturale: la faire monter, cultiver en soi sa sensibilité… On pourrait tout poser en fonction de faire monter, de construire, de confirmer la lumière dans une toile. Pour que les couleurs s’accordent par exemple, le seul dénominateur commun sera la lumière, c’est-à-dire au fond le sentiment. Etablir la lumière ou mûrir la forme me paraissent pouvoir être deux axes exclusifs de travail et pas seulement en peinture peut-être. Pour ce qui est du noir en peinture, si l’on dit que le noir est non-couleur, le peintre doit faire en sorte qu’il le devienne; et même je vois que la toile n’aboutit que si j’ai ménagé jusqu’au bout la lumière qui émanera de mes noirs.

J-Y J : Une lumière alors qui ne dépendrait pas de l’éclairage. Une lumière « abstraite » ?

D.L. Exactement. Une lumière intérieure qui rayonne des éléments de la peinture: couleur, matière… Que ce soit chez les artistes actuels ou ceux de la grande tradition, les peintres soucieux de cette notion m’apparaissent maintenant plus précieux, avec quelque chose de plus « aristocratique » que les autres.

J-Y J :  Enfin cette question du temps. Comment le temps est-il manifeste, comment est-il – je dirai – présent et actif dans cet esprit de peinture ?

D L. Une oeuvre aboutie me donne toujours le sentiment d’être en accord profond avec son temps interne. Son temps de réalisation bien sûr: qu’en quelque sorte le peintre ait aimé le temps de sa réalisation. Mais surtout d’un temps intime au sens du rythme qui offre l’accord entre les moyens employés et les objectifs poursuivis. On doit voir que ce qui a été mis en jeu a été assumé. Sans zones d’ombres. Mais aussi que ça a été fait en ménageant la part du mystère, seul espace vraiment habitable. Le peintre ne fait pas pour autant tout le chemin. Le reste du chemin est fait par ton regard, et c’est l’espace de ton interprétation, de ton imagination et de ton vécu. Mais ici à nouveau, non seulement je suis sans preuves autres que mes tableaux eux-mêmes – mais je me sens à la limite d’un certain pouvoir des mots…

Brunet, juillet 1999.

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Ancien enseignant en Dessin à l'ENSBA de Paris Auteur de "l'Atelier Vivant" Bordas, Dessain&tolra

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